Thucydide, la force et le droit

Thucydide, la force et le droit

Cornelius Castoriadis

Language: French

Pages: 311

ISBN: 2:00292376

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


L’année 1984-1985 de l’enseignement de Cornelius Castoriadis à l’EHESS a été consacrée pour l’essentiel à Thucydide. L’auteur a voulu en particulier montrer, à travers l’analyse de l’Oraison funèbre attribuée par l’historien à Périclès, à quel point la grande création démocratique athénienne du Ve siècle fut consciente d’elle-même.

Mais Castoriadis – sans céder aux anachronismes et aux projections auxquels les interprétations de l’historien ont trop souvent succombé de nos jours – retrouve également chez Thucydide un monde par certains côtés étonnamment semblable au nôtre, dans lequel des biens qui nous semblent précieux à l’intérieur de certaines frontières ne semblent plus compter au-delà, où seule la force prévaut ; un monde aussi dans lequel la dynamique de l’opposition entre des pôles de puissance aboutit à des conflits ouverts où les calculs rationnels se tissent inextricablement avec les passions.

About Cornelius Castoriadis

Arrivé en France en 1945. Cofondateur et animateur du groupe et de la revue Socialisme ou Barbarie (1949-1965), ses écrits de cette période ont été réédités dans la collection « 10/18 » (1973-1979). Économiste à l’OCDE (1948-1970), psychanalyste (1973-1997), directeur d’études à l’EHESS (1980-1995), il a publié au Seuil L’Institution imaginaire de la société (1975), six volumes des Carrefours du labyrinthe (1979-1999) ainsi que les recueils Une société à la dérive (2005) et Fenêtre sur le chaos (2007). Ses séminaires de l’EHESS sont en cours de publication au Seuil : Sur Le Politique de Platon (1999), Sujet et vérité dans le monde social-historique (2002), Ce qui fait la Grèce, 1. D’Homère à Héraclite (2004), Ce qui fait la Grèce, 2. La Cité et les lois (2008).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

n’abandonnez pas, ne trahissez pas vos alliés 13… » Et c’est en effet l’argument essentiel : il ne faut pas laisser les Athéniens devenir plus grands. Et Thucydide reprend ces mêmes termes deux chapitres plus loin : � Et les Lacédémoniens ont voté la rupture du traité, et qu’il fallait faire la guerre, non pas tellement parce qu’ils ont été convaincus par les discours des alliés mais phoboumenoi tous Athènaious mè epi meizon dunèthôsin, ayant peur que les Athéniens ne deviennent plus grands,

suis moi, que ce que je dis aujourd’hui, je le pense en fonction de toute mon histoire précédente. Si je suis tant soit peu lucide, je sais très bien que je n’aurais pas parlé de la même façon il y a vingt ans, et encore moins si j’étais né en 1884 en Chine, etc. Qu’il y a des écrivains que j’aime beaucoup et d’autres que je déteste, que je me laisse peut-être parfois emporter par mon sujet ou mes passions, au point de recourir à des sophismes, à des arguments de très basse qualité pour réfuter

États-Unis du point de vue du droit international, notamment qu’ils ont signé la charte de l’ONU qui dit explicitement que les États signataires renoncent à tout usage de la force pour résoudre leurs différends. Il est vrai que tous les pays qui sont en train aujourd’hui de faire la guerre, de façon ouverte ou cachée, ont signé cette charte en 1945. Cela remonte à quarante ans, ils n’ont jamais dénoncé leur signature et continuent de signer des conventions de ce genre. Voilà donc la situation

connaît pas d’équivalent de la liturgie dans les autres cités grecques et, mis à part les impôts indirects, le tribut des cités vassales est la principale source de revenus des cités importantesXXXIII. Cet aspect, certes, n’est pas absent à Athènes. Mais ce qui est original, c’est qu’on y trouve aussi, d’un côté, ces liturgies que je viens d’évoquer, qui sont aussi des mesures de redistribution des revenus ; d’un autre côté – et à l’autre bout de l’échelle –, les différentes misthophories,

officielle du droit constitutionnel moderne ne veut connaître, nous en avons déjà parlé, que trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire ; mais nous voyons par cet exemple qu’il y a tout de même une réalité que le Conseil d’État est obligé d’admettre : à côté, au-dessus de ces pouvoirs, se trouve un pouvoir gouvernemental, telestikon, et c’est lui qui prend les décisions. Mais pour les Athéniens la démocratie veut dire ceci : les décisions importantes, lois, actes de gouvernement,

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