Le Vieil Homme et les loups

Le Vieil Homme et les loups

Julia Kristeva

Language: French

Pages: 122

ISBN: 2253139823

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Ce récit fantastique est aussi un roman policier.

Des loups envahissent Santa Barbara, ils tuent bêtes et gens, changent les visages des hommes et des femmes: tout le monde devient arrogant, criminel, animal.

Une noyée anonyme est repêchée dans le lac. Alba et Vespasien ne songent qu'à s'entretuer, tandis que le Vieil Homme - seul être vigilant qui continue à refuser la barbarie ambiante - meurt d'une mort inexplicable. Qui est l'assassin?

Stéphanie Delacour, journaliste, se transforme en détective pour mener l'enquête. Elle observe une civilisation en pleine métamorphose. Ex-démocratie populaire ou bien société superlibérale qui a perdu ses valeurs, Santa Barbara est un condensé de haine et de crime banalisé.

Cette vision à la Goya noir, appliquée au monde actuel, s'impose au détective à partir d'un deuil qui brûle au coeur de son journal intime. Le Vieil Homme et les loups s'adresse ainsi à ceux qui, ayant perdu une personne aimée, s'étiolent d'angoisse devant l'inimaginable de la mort et cherchent à dire la violence de leur solitude sans partage.

Le roman policier rejoint à cet instant le conte philosophique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vieillard, un temps soulagé, s'y reconnut. Ces monstres refusaient la béatitude de l'être, son néant. Ovide, lui, aurait compris ce � Rien �, peut-être. Car le trop-plein de métamorphoses les neutralise sans pour autant les liquider. Ainsi, une fois déversées les formes invraisemblables qui hantaient le courroux de Rome, l'exilé d'Auguste devait retrouver la paix, au bord du Pont-Euxin. Ce ne fut qu'une accalmie. Le coup de vent annonçait la tempête. La pluie fouettait maintenant la piste

n'est-ce pas ? Où sont-ils passés ? (Le Vieil Homme.) — Disparus, cela va sans dire. (Vespasien.) — C'est une hypothèse, jeune homme, une simple hypothèse. Je pense, quant à moi, qu'ils se sont métamorphosés. En quoi ? En nous. En vous. Dans les disques du barman. En Santa Barbara elle-même, pourquoi pas ? Par conséquent, on peut les retrouver, si l'on cherche bien. Dans les textes, évidemment, sous les ruines des vieux palais et des églises, et même dans les pensées des gens qui changent de

chaleur malsaine montait dans l'air poussiéreux au-dehors, derrière les vitres du bar climatisé. Celle-là même que dégageaient les visages des consommateurs autour de moi, penchés sur leurs verres. La chaleur des pensées moites, comprimées, sans issue. Climat lourd et sournois. Un silence torride. Je cherchais machinalement mon rouge à lèvres et le vaporisateur d'Opium au fond de mon sac, quand mon regard tomba sur Vespasien, calé dans la laideur d'un fauteuil en skaï rose à l'autre bout du

télégraphié à l'hôtel : il fallait absolument que j'envoie vite quelque chose de fort, un fait divers, un fait humain ; qu'on sente enfin cette invasion des loups dans la vie quotidienne de Santa Barbara ; pas de raisonnements, des faits, des faits simples. Pour une fois, j'étais d'accord avec cet imbécile tout juste bon à donner des ordres et qui n'avait jamais écrit le moindre papier. Je suffoquais sous la tôle brûlante de ma petite Renault et décidai de tout laisser tomber pour prendre l'air

— Je dis ça pour moi. (Alba.) — Vous avez l'air de fuyards. (Décidément, le barman ne se tient plus, il se croit un intime du Vieil Homme, à cause de Billie.) — Quelle idée ! (Vespasien.) — En quelque sorte. (Alba.) — On vient respirer la mer. (Vespasien.) — Chez vous aussi, il fait lourd. (Alba.) — Ça va, ça vient. (Le barman.) — Pas trop de clients ? (Vespasien.) — Des Russes, des Allemands. (Le barman.) — Des retraités également. (Le Vieil Homme.) — Je ne vous le fais pas dire.

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